Source Gallica
LE JOURNAL
19/01/1907

 

       La crise de l'Opéra
M. Briand cherche un candidat
           Après l’échec de la combinaison Carré-Porel-lsola,
le ministre s’arrête à une combinaison Messager-Broussan. Les pourparlers
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          Seul de tous les journaux du soir, l' Intransigeant, bien renseigné sur le fond des choses, a pu annoncer, dès hier soir, l’échec de la combinaison Briand et la, retraite de M. Carré, dont le départ remet en cause toute la question de l’Opéra.
          M. Carré a adressé au ministre, hier dans la soirée, une lettre qui, confirmant; nos prévisions, dégage définitivement le directeur de l’Opéra-Comique. Celui-ci ne se fait pas faute de rappeler au ministre ce que d’ailleurs nous affirmions ici, que c’est M. Briand qui avait sollicité M. Carré de poser sa candidature; et que, devant les oppositions que la combinaison a rencontrées, il préfère s’effacer.
           Cette retraite a rendu à la combinaison Messager-Broussan toute sa vigueur. L'Intransigeant donnait, il y a quelques jours un détail qui a bien son importance. Il annonçait qu’à la date du 28 décembre, M. Messager avait donné sa démission : de directeur à Covent-Garden. Était-il possible que le ministre de l’instruction publique eût laissé M. Messager renoncer à sa situation à Londres, alors qu’il était bien résolu à ne pas lui en rendre l’équivalent à Paris.
          Ce matin, MM. Messager et Broussan ont été appelés à la première heure chez M. Briand et ont eu avec lui, au sujet de la future direction, une longue entrevue, il a été convenu qu’ils reverraient le minière dans la soirée.
  
        Nous avons annoncé hier qu’énervé par l’insuccès de sa laborieuse combinaison Carré-Porel-Isola, M. Briand annonçait qu’il prendrait une décision définitive aujourd’hui même. Nous ne savons s’il aura pu arriver dès ce soir à une entente. En tout cas, le bruit avait couru que du fait de l’échec de M. Carré, la candidature de M. Gailhard, qu’on dit fortement appuyée en haut lieu, reprenait des chances. Il n’est pas à notre connaissance que M. Gailhard ait été appelé aujourd'hui chez M. Briand. Et ce détail indique suffisamment que c’est, pour le moment du moins, la candidature Messager-Broussan (directeurs de 1908 à 1914) qui occupe seule le ministre.


La question du Lyrique populaire


     Que devient en tout ceci la question du Lyrique populaire qui intéresse à tant de points de vue les Parisiens ?
         Il semble qu’elle tombe à l’eau en même temps que la combinaison Carré-Porel-Isola.
         Cependant, de part et d'autre, on y tient M. Briand, qui avait déjà donné le nom de Lyrique national à ce théâtre populaire, n’à pas perdu tout espoir de présider à sa fondation.
      M. Briand a même dit ceci :
      Je vais régler la question de la direction de l’Opéra, et je m’occuperai ensuite du Théâtre populaire. On dit bien que les frères Isola n’admettraient la création du « Lyrique populaire" que s’ils peuvent s’entendre avec un des deux théâtres subventionnés de musique.
       Mais, quoi qu’il arrive, on ne désespère pas d’amener, ces deux directeurs qui étaient prêts hier à faire un gros sacrifice, pour la réalisation de leur idées, à ne pas renoncer à une création réclamée per tous les artistes.
Comme un ennui n’arrive jamais seul, le bruit courait ce matin que le projet d’Opéra populaire, connexe à la direction de l’Opéra rencontrait, sinon l'hostilité, du moins de sérieuses objections au sein du conseil municipal.
        M. Paul Escudier (homme politique conseiller municipal de Paris puis député) a bien voulu, nous faire, à ce sujet, les déclarations suivantes, qui mettront les faits au point :
— De tout temps, nous a-t-il dit, le Conseil municipal s’est occupé de la question du Théâtre lyrique populaire, qu’il juge indispensable dans une grande ville comme Paris.
        Mais si tout 1e monde est d’accord sur le principe, la question de l’exécution a soulevé une grande série de projets et de nombreux débats.
        Le Conseil municipal a trouvé un commencement de satisfaction donnée à cette idée avec l’Œuvre des Trente ans de théâtre qu’il subventionne.
        Mais la question du Théâtre populaire n’était pas résolue pour cela.
       Un point essentiel restait à établir : introduire dans le cahier des charges de l'exploitation de l’Opéra l’obligation pour ,1e concessionnaire de mettre à la disposition du Théâtre populaire futur, les artistes, le matériel et le répertoire de l’Opéra.
       Le ministre a introduit précisément cette clause dans le nouveau cahier des charges et, par là, a fait avancer la réalisation du Théâtre populaire.
       Ce n’est donc plus qu’une question d’accords entre les pouvoirs publics, le ministre et le Conseil municipal.