------source Source BNF-----: « L' Afrique du Nord illustrée » , du Samedi 14 décembre 1912
     
   

LES PREMIÈRES A PARIS : L'AIGLE
EPOPÉE LYRIQUE EN 15 TABLEAUX
A LA GAITÉ-LYRIQUE

     
 
---- Les frères isola sont nés en Algérie; ils y ont grandi ; ils y sont connus, aimés, estimés de tous; leur nom y est synonyme de travail et d'honnêteté : inutile de parler d'eux longuement. A Paris, après de longues années d'études et d'expériences, ils ont; fondé et, malgré toutes les prévisions, fait prospérer l'Opéra, populaire, objet, depuis si longtemps, des désirs de la population parisienne.
---- Dans le théâtre de la gaîté ils reprennent, devant des salles toujours combles, les grands ouvrages du répertoire, avec des artistes du Grand Opéra et, avec une générosité et une bienveillance dont on a peu d'exemple, ils se mettent à la disposition des nouveaux. La liste des œuvres nouvelles ainsi présentées par eux au public est déjà longue.
 
 
---- Hier, c'était l’Aigle, épopée lyrique de MM. Cain et Payen pour les paroles, de M. Nouguès pour la musique.
La pièce est une suite de tableaux se rapportant, aux événements ou aux époques les plus importants et les plus intéressants de la miraculeuse existence de cet homme extraordinaire que furent le général Bonaparte puis l'empereur Napoléon.
 

---- Dans les premiers tableaux nous voyons le petit général, dont rien ne fait encore prévoir la glorieuse destinée, se promener comme un simple particulier dans le jardin des Tuileries et y faire connaissance de celle qui devint plus lard l'impératrice Joséphine.
---- Le troisième tableau, le soir de Marengo, avec sa musique vibrante et joyeuse, chantant la victoire et l'enthousiasme, a remué les cœurs et transporté le public. Jamais on n'a si bien compris comment, la musique, mieux encore que les paroles, pouvait; exprimer les sentiments et les passions. La plus grande partie de ce tableau a du être bissée, sous les applaudissements unanimes du public.
---- Napoléon devient empereur. Le décor change ; de simple, sévère et sobre, comme il convient; à un militaire, il devient d'une élégance et d'une richesse dépassant, ainsi que l'apprend l'histoire, les prodigalités de l'ancien régime. Les frères Isola, n'ont pas voulu rester au-dessous de l'histoire. Tous les personnages de la cour et, de l'entourage de, l'empereur et de l'impératrice sont, représentés dans leurs costumes traditionnels, reproduits dans fous leurs détails aussi exactement que, possible.
---- Le tableau du sacre est, la reproduction frappante, en personnages vivants et animés, chantant et parlant, du célèbre tableau de David.
---- La musique, elle aussi, s'est, modifiée ; les airs militaires et, joyeux qui avaient troublés les esprits et transporté les cœurs, ont disparu. Dans la scène où l'empereur fait, connaître à Joséphine son intention de se séparer d'elle, la note est, émue, tremblante ; les larmes viennent aux yeux.
---- La tristesse s'accroît. Nous voici à la retraite de Russie, puis viennent. Waterloo et Sainte-Hélène ! Il est bien dommage que les paroles ne soient à la hauteur ni de la musique ni du sujet. Il est, vrai que dans le bruit et au milieu de l'émotion, on les entend peu.
---- Malgré cette ombre, légère, l'œuvre est, fort, belle, bien conçue, parfaitement exécutée, montée avec un soin caractéristique de la maison, et on doit remercier les frères Isola de l'avoir lait connaître au public parisien.

L. F.